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Tout a commencé avec du beurre...  
 

Le nom Océ apparaît en 1927. Cette année, l'entreprise van der Grinten fabrique un nouveau type de papier sensible qui ne comporte plus de composants diazoïques, contrairement à ce qui se faisait auparavant. Afin de souligner cet aspect face à la concurrence (allemande), le papier est dénommé O.C. : " ohne Componenten " (sans composants). Le terme O.C. devient à ce point usuel dans l'entreprise et parmi les acheteurs que les produits de cette gamme sont baptisés du nom commercial O.C. Pour faciliter la prononciation de l'abréviation O.C., la lettre é est de plus en plus souvent ajoutée. En 1927, Océ est enregistré comme marque commerciale. En 1970, le nom devient Océ-van der Grinten NV. En 1997, après le départ du dernier membre actif de la famille des fondateurs, le nom de la société et holding est modifié pour devenir Océ NV, ce qui renforce encore la notoriété internationale de la marque Océ. À l'heure actuelle, Océ est non seulement le nom usuel du groupe international mais aussi le nom de famille de tous ses produits.

Tout a commencé avec du colorant pour beurre
En 1871 débute aux Pays-Bas la production d'un beurre artificiel inventé en France, appelé aujourd'hui margarine. Ce beurre artificiel n'a cependant pas la couleur du vrai beurre. L'un des producteurs, Jurgens, basé à Oss, souhaite obtenir un colorant qui conférerait au beurre artificiel l'aspect du vrai beurre. Les colorants qui lui sont proposés ne présentent toutefois pas la qualité désirée. Jurgens possède des connaissances à Venlo, qui le mettent en contact avec Lodewijk van der Grinten (1831-1895), pharmacien établi dans la ville depuis 1857 également actif dans l'étude de l'eau potable. Jurgens fait livrer à Lodewijk van der Grinten une bouteille de colorant pour beurre et lui demande s'il peut l'améliorer. Le pharmacien réussit à fournir un meilleur produit et Jurgens vient à Venlo pour acheter le procédé amélioré de Lodewijk van der Grinten. Mais Lieske, l'épouse de ce dernier, convainc son mari d'exploiter lui-même son invention. Lodewijk van der Grinten se rend à son tour à Oss pour négocier avec Jurgens et obtient une commande. Le 7 octobre 1877, Lodewijk van der Grinten écrit dans une lettre : " … la commande de 600 kilos de colorant pour beurre artificiel qu'il m'a passée m'a donné beaucoup de travail ". C'est l'acte de naissance de l'entreprise que nous connaissons.
En 1888, Lodewijk van der Grinten remet la direction de la pharmacie et de la production de colorant pour beurre à son fils Frans (1865-1943). L'entreprise fournira du colorant pour beurre pendant plus de 90 ans à l'industrie de la margarine. Le 1er octobre 1970, le procédé et la production sont vendus à  Unilever (une entreprise qui doit également sa naissance et son essor aux activités de Jurgens à Oss). À ce moment, la production de colorant pour beurre est déjà largement dépassée par les activités des van der Grinten dans le domaine de la copie, d'abord uniquement pour les bureaux de dessins puis aussi pour les autres bureaux. Les activités d'automatisation des processus de bureau s'y sont ajoutées au début des années 1980.
 
Les trois frères van der Grinten
Trois fils de Frans van der Grinten, à savoir Louis, Piet et Karel, tous docteurs en chimie, entrent dans l'entreprise respectivement en 1918, 1922 et 1924. Comme ce sont eux qui ont ouvert la voie au développement des activités de l'entreprise van der Grinten dans le domaine de la copie, on peut les considérer comme les fondateurs d'Océ, avec leur grand-père Lodewijk et leur père Frans.
Au cours de sa carrière, Louis van der Grinten (1894-1981) assume essentiellement la direction de la recherche scientifique, des questions liées aux brevets et des affaires juridiques. Il pose les bases du vaste portefeuille de brevets de l'entreprise. Il baptise ses produits de la marque commerciale Océ.
Piet van der Grinten (1895-1977) se voit confier la direction financière et administrative de l'entreprise et s'occupe également de la direction générale de l'usine de colorant pour beurre.
Karel van der Grinten (né en 1901) prend la direction des activités de production mais accorde également une attention particulière à l'obtention de débouchés internationaux et à la politique sociale.
Au cours des premières années, l'entreprise ne compte que quelques collaborateurs. Les van der Grinten dirigent tous eux-mêmes : production, achats, ventes, recherche, brevets, etc. Ils se chargent également de former le personnel. Beaucoup de collaborateurs de la première heure, formés de cette manière, occuperont ultérieurement des postes importants dans l'entreprise.
 
Héliographie
La seconde moitié du 19e siècle voit l'invention par Herschel du procédé d'héliographie, avec lequel travailleront encore architectes, ingénieurs, bureaux de dessin, etc., au début de ce siècle. Ce procédé de copie requiert un original translucide et produit une image en négatif faite de lignes blanches sur fond bleu. Cependant, il n'est pas possible d'acheter à l'avance du papier héliographique pour copie rapide et de le stocker jusqu'à son utilisation parce que sa couche sensible à la lumière ne se conserve pas longtemps. En outre, le papier héliographique qui n'est pas utilisé souvent demande des durées d'exposition très longues. Frans van der Grinten se penche sur ce problème. Après de nombreuses tentatives, son fils Louis crée un papier héliographique durable et rapide. Cet événement marque le début de l'entreprise actuelle, spécialiste de réputation mondiale des procédés de copie. Fin 1919, sous la direction de Louis, une machine de préparation est installée dans l'usine de colorant pour beurre (il s'agit d'une machine appliquant sur le papier une couche sensible à la lumière). Le 12 mai 1920, le premier papier héliographique fabriqué à la machine est vendu : 8 rouleaux pour un montant de 18,48 florins. L'entreprise van der Grinten fabriquera du papier héliographique jusqu'en 1946. Elle n'attendra cependant pas cette date pour s'intéresser à d'autres procédés de copie.
 
De l'héliographie à la diazotypie semi-sèche
Au début des années 1920, les trois frères van der Grinten et leurs trois employés fabriquent donc du papier héliographique. Cependant, comme nous l'avons dit plus haut, l'héliographie produit une image négative (une image blanche sur fond bleu). Les frères s'intéressent en particulier à de nouveaux procédés de copie, qui produisent une image positive (image sombre sur fond clair). Durant la première moitié des années 1920, grâce à des recherches poussées, ils mettent au point un nouveau procédé de diazotypie utilisant un révélateur liquide appliqué en fine couche. Les deux premiers brevets déposés par l'entreprise van der Grinten concernent ce procédé, qui sera appelé la diazotypie semi-sèche. Le procédé conquiert une large part du marché mondial. Néanmoins, au cours de ces années, l'entreprise connaît des moments difficiles. L'usine de colorant pour beurre doit fréquemment lui servir de prêteur. En effet, les maigres bénéfices réalisés dans le domaine des copies servent à financer de nouvelles recherches scientifiques. Dans  les années d'avant-guerre, une caractéristique essentielle de l'entreprise est en effet qu'elle sert en réalité aux frères van der Grinten à financer leurs recherches scientifiques sur les matériaux sensibles à la lumière. Ils sont chercheurs, inventeurs, scientifiques avant d'être des hommes d'affaire.
En 1928, l'entreprise familiale devient une SA. Son nom est modernisé à plusieurs reprises. Par facilité, nous parlons désormais d'Océ-van der Grinten ou d'Océ.
 
De la simili-réflectographie à l'électrophotographie
Jusqu'à présent, il était uniquement question de copier des documents internes ou destinés à l'extérieur. En effet, ceux-ci pouvaient être d'emblée écrits, dactylographiés ou dessinés sur du matériel translucide (les calques) aux fins d'être ensuite copiés. Jusqu'en 1935, aucun procédé n'existe pour copier d'autres documents, à part la photographie (argentique) classique, relativement fastidieuses et coûteuse. L'année 1935 est par conséquent une année charnière pour Océ-van der Grinten grâce à l'utilisation du principe de la simili-réflectographie - une application de la diazotypie permettant de copier des originaux non translucides ! Si l'on fait abstraction de la photographie, on peut dire que pendant des années, le monde a uniquement disposé de procédés Océ pour cet usage. Mais l'essor est de courte durée. L'électrophotographie est mise au point aux États-Unis (après avoir été inventée par Chester F.Carlson en 1938). Lorsque, en 1956, les photocopieurs électrostatiques arrivent sur le marché, la simili-réflectographie d'Océ est dépassée. Dans les années 1960, le marché de la copie subit un véritable bouleversement qui voit l'essor rapide des photocopieurs électrostatiques, une évolution à laquelle Océ-van der Grinten aura également sa part.
 
Les usines d'équipements
La copie de matériaux diazoïques sensibles à la lumière se fait sur des copieurs. Au départ, la fabrication de ces machines est confiée par Océ à une entreprise également située à Venlo : la Machinefabriek De Emwee, créée en 1931 par L.P. Grothauzen. Au fil du temps, les copieurs d'Océ-van der Grinten forment l'essentiel de la gamme de produits de l'usine. La construction des machines est totalement dirigée par ce client. Néanmoins, De Emwee reste une entreprise indépendante jusqu'en 1958, date à laquelle elle est reprise par le Groupe Océ avec ses 225 collaborateurs.
 
Guerre et reprise
Dans les années 1930, aux Pays-Bas, beaucoup pensent que le pays va rester en dehors de la guerre imminente. Mais à Venlo, à deux pas de la frontière allemande, l'inquiétude est grande. En cas d'occupation allemande, Océ-van der Grinten souhaite que les livraisons aux clients restés en dehors de la sphère d'influence allemande puissent se poursuivre. Pour cette raison, en 1939, Th. Sanders (qui était entré dans l'entreprise 10 ans plus tôt à l'âge de 17 ans et avait été formé sur place, comme c'était alors l'habitude) est chargé de fonder une petite filiale aux États-Unis en collaboration avec Frank Guthery : The Guthery Company for Van der Grinten products.
À ce moment, Océ-van der Grinten emploie près de 100 personnes, dont l'emploi est maintenu pendant la guerre et qui continueront à percevoir leur salaire, alors même que le travail se fait rare ou inexistant. En effet, l'entreprise use de tous les subterfuges possibles vis-à-vis de l'occupant pour lui faire croire que le travail ne manque pas et ainsi éviter l'envoi des travailleurs en Allemagne au titre du travail obligatoire. L'entreprise ne sort pas indemne de la guerre, tant sur le plan financier que sur un plan plus matériel. Les bâtiments, touchés par des grenades, doivent être reconstruits. Les relations commerciales interrompues par la guerre et l'occupation doivent être rétablies. Les capitaux amassés aux États-Unis par The Guthery Company for Van der Grinten products constituent dès lors une aide financière précieuse. La reconstruction va également de pair avec une adaptation de l'organisation de l'entreprise aux nouvelles conceptions. En plus de la recherche, sur laquelle était essentiellement mis l'accent auparavant, d'autres secteurs commencent à se profiler dont en particulier la production et la vente. La nécessité d'une spécialisation plus poussée s'impose rapidement et, en 1956, la production et la vente deviennent des branches distinctes de l'entreprise.
 
L'expansion internationale
L'ouverture d'une filiale en Allemagne (1958) marque le début d'une nouvelle phase d'expansion internationale rapide. De 1964 à 1966, essentiellement dans le cadre de reprises, des entreprises Océ sont successivement fondées en Belgique, en Suède et en Autriche. En France, Océ acquiert Photosia en 1966, qui prend le nom d'Océ-France. L'expansion d'Océ-van der Grinten se poursuit au Danemark, en Norvège et, en 1969, en Italie. Dans de nombreux cas, l'élargissement du groupe fait suite à la transformation d'anciens concessionnaires et revendeurs en filiales du Groupe. En 1969 débute également une série d'élargissements surtout axée sur l'extension de la gamme et une meilleure pénétration du marché de certains pays.
La même année, l'entreprise française CIAP - actuellement Ciap-Sadia S.A. -, active dans le domaine de la diazotypie à sec, entre dans le giron du Groupe. Océ-van der Grinten prend pied sur le marché américain avec la reprise, en 1970, d'un ancien concessionnaire, B.K. Elliot Company de Pittsburgh, et avec celle d'ICP, un producteur de photocopieurs électrostatiques et de lecteurs de microfilms à usage de bureau, en 1971. 1972 voit l'arrivée des entreprises danoise Helioprint A.S. - aujourd'hui Océ-Danmark AS - et brésilienne Copirama S.A. Une prise d'intérêt de 25 % dans William Crosby (Holdings) Limited, Australie - désormais Océ-Australia - est augmentée en 1972 pour devenir une participation majoritaire. En 1977, Océ procède à la plus grande acquisition de son histoire avec la reprise d'Ozalid Group Holdings Limited en Angleterre, une entreprise d'envergure internationale possédant des filiales dans une quinzaine de pays et réalisant à l'époque un chiffre d'affaire annuel d'environ 400 millions de florins. Au même moment, le Groupe Océ réalise lui-même un chiffre de pas moins de 750 millions de florins. Ozalid et Océ étaient arrivées plus ou moins simultanément sur le marché de la diazotypie et avaient connu une expansion quasiment parallèle. Au cours de son existence, Ozalid avait créé de nombreuses filiales étrangères notamment aux États-Unis, au Canada, en Afrique du Sud, en Australie, en France et en Suède. Cependant, la chute constante de la livre britannique avait entraîné une charge financière considérable pour Ozalid à partir de 1974 étant donné que son expansion avait surtout été financée par des prêts étrangers locaux. En outre, Ozalid n'était pas parvenue à suivre de manière optimale l'évolution technologique. Dans ce contexte, des négociations s'ouvrent avec la direction d'Océ et donnent lieu, en avril 1977, à l'entrée définitive d'Ozalid dans le Groupe Océ. Cette acquisition a permis un renforcement important du Groupe Océ dans de nombreux pays.   
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